Comment la sclérose en plaques affecte-t-elle la mémoire et la concentration au quotidien ?

Femme d'âge moyen dans un salon lumineux, moment de réflexion naturel près d'une fenêtre

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Consultez un neurologue ou neuropsychologue pour toute question concernant vos symptômes cognitifs liés à la sclérose en plaques.

Vous perdez le fil de vos pensées en pleine réunion. Vous relisez trois fois le même email sans retenir l’information. Le brouillard s’installe dans votre tête dès le milieu de la journée. Ces situations vous parlent ? Elles touchent entre 40 et 70% des personnes vivant avec une sclérose en plaques, selon les données ARSEP sur les troubles cognitifs.

Ces difficultés ne sont pas imaginaires. Elles ne signifient pas non plus que votre intelligence diminue. Les patients que j’ai rencontrés lors de reportages en services de neurologie décrivent tous cette frustration : des symptômes bien réels, mais invisibles pour l’entourage. La bonne nouvelle ? Des stratégies existent pour mieux vivre au quotidien avec ces manifestations.

Pourquoi la sclérose en plaques perturbe-t-elle les fonctions cognitives ?

Entre 40 et 70% des patients atteints de SEP présentent des troubles cognitifs à un moment de leur maladie. Ce chiffre, établi par l’ARSEP, montre à quel point ces symptômes sont fréquents. Pourtant, ils restent souvent sous-diagnostiqués, voire minimisés par les proches.

Le mécanisme est maintenant bien documenté. Selon la recherche INSERM sur les mécanismes neurologiques, la démyélinisation — cette destruction de la gaine protectrice des neurones — ralentit la propagation de l’influx nerveux. Concrètement, l’information circule moins vite dans votre cerveau. Ce n’est pas un problème d’intelligence. C’est une question de vitesse de transmission.

Chiffres clés : les troubles cognitifs dans la SEP

  • 40 à 70% des patients SEP présentent des troubles cognitifs
  • La vitesse de traitement de l’information est la fonction la plus souvent touchée
  • Ces troubles peuvent apparaître dès le stade précoce de la maladie
  • Ils ne sont pas corrélés au handicap physique

Ce que les témoignages révèlent systématiquement : les troubles cognitifs peuvent survenir très tôt dans la maladie, parfois même avant que d’autres symptômes ne deviennent visibles. Chez 20 à 30% des patients, des difficultés de concentration ou de mémoire apparaissent dès les premiers stades. Cette précocité surprend souvent les personnes concernées. Elles attribuent leurs difficultés au stress ou à la fatigue ordinaire.

Un point essentiel mérite d’être clarifié. Ces troubles ne sont PAS les mêmes que ceux observés dans la maladie d’Alzheimer. La mémoire de travail — celle qui vous permet de retenir un numéro de téléphone le temps de le composer — est plus touchée que la mémoire à long terme. Vos souvenirs ne disparaissent pas. C’est le traitement de l’information immédiate qui devient plus laborieux. Cette distinction rassure de nombreux patients.

Les lésions de la substance blanche du cerveau perturbent les connexions entre différentes zones cérébrales. Imaginez un réseau routier où certains axes sont ralentis : le trafic passe, mais avec des délais. Votre cerveau fonctionne de manière similaire. Les informations arrivent à destination, mais le parcours prend plus de temps. Ce n’est pas une dégradation irréversible de vos capacités intellectuelles.

Mémoire, concentration, fatigue cognitive : les symptômes au quotidien

Vous êtes en réunion. Quelqu’un vous pose une question. Vous connaissez la réponse. Mais le mot exact reste bloqué quelque part, inaccessible. Quinze minutes plus tard, il vous revient. Trop tard. Cette situation illustre parfaitement ce que vivent de nombreuses personnes atteintes de SEP au quotidien.

La fatigue cognitive constitue le symptôme le plus rapporté. Elle diffère radicalement de la fatigue physique ordinaire. Après deux ou trois heures de travail intellectuel soutenu, une sensation de brouillard s’installe. Le cerveau semble saturer. Les informations nouvelles ne rentrent plus. Cette fatigue ne se résout pas simplement en dormant davantage.

Personne vue par-dessus l'épaule travaillant sur ordinateur dans un bureau à domicile
La difficulté à maintenir la concentration sur plusieurs heures est un symptôme fréquent

Les difficultés de concentration se manifestent de plusieurs façons. Vous commencez une tâche, une notification apparaît, et vous oubliez ce que vous faisiez. Le multitâche, autrefois naturel, devient épuisant. Suivre une conversation à plusieurs participants demande un effort conscient. Ces manifestations s’aggravent généralement en fin de journée.

L’erreur la plus fréquente observée sur le terrain ? Confondre fatigue cognitive liée à la SEP et dépression réactionnelle. Dans les témoignages recueillis auprès de patients SEP suivis en neurologie (80+ personnes interrogées entre 2020 et 2025), cette confusion est fréquente. Beaucoup attendent 6 à 12 mois avant d’obtenir une évaluation neuropsychologique adaptée. Ce constat est limité aux services hospitaliers consultés et peut varier selon la région et la sensibilisation du médecin traitant.

Les symptômes quotidiens incluent également des difficultés à trouver ses mots, une lenteur inhabituelle pour prendre des décisions, et des oublis concernant des rendez-vous ou des tâches planifiées. Ces manifestations varient d’un jour à l’autre. Les périodes de stress, de chaleur ou de fatigue physique les amplifient généralement. Cette variabilité déroute souvent les patients et leur entourage.

Pour ceux qui suspectent une SEP non encore diagnostiquée, il est utile de consulter les informations sur le diagnostic sclérose en plaque avant de s’inquiéter des troubles cognitifs isolés.

À ne pas confondre

La fatigue cognitive de la SEP n’est pas un signe de dépression ni de déclin intellectuel irréversible. Si vous ressentez une tristesse persistante, une perte d’intérêt ou des idées noires, parlez-en à votre neurologue : ces symptômes méritent une évaluation spécifique.

Stratégies concrètes pour mieux gérer au quotidien

Les stratégies les plus efficaces sont souvent les plus simples. Mon conseil, après des années à recueillir des témoignages de patients : oubliez les applications miracles et les techniques complexes. Revenez aux fondamentaux. Ils fonctionnent.

Le premier principe à intégrer concerne la gestion de l’énergie cognitive. Votre cerveau dispose d’un réservoir limité chaque jour. Identifiez vos heures de meilleure forme mentale — généralement le matin pour beaucoup — et réservez-les aux tâches les plus exigeantes. Les activités routinières peuvent attendre l’après-midi.

Stratégies quotidiennes pour préserver mémoire et concentration


  • Utiliser systématiquement un agenda unique (papier ou numérique) pour toutes les informations


  • Programmer des rappels pour les tâches importantes


  • Découper les tâches complexes en étapes simples


  • Prévoir des pauses cognitives toutes les 45-60 minutes


  • Limiter les sources de distraction (notifications, bruit ambiant)

Personne consultant un planning magnétique dans une cuisine lumineuse
Les outils d’organisation simples restent les plus efficaces pour compenser les troubles de mémoire

Le cas d’une patiente de 42 ans, cadre administrative, illustre bien l’efficacité de ces approches. Diagnostiquée SEP récidivante-rémittente depuis 5 ans, elle ne parvenait plus à suivre plusieurs tâches simultanément au travail. Ses oublis de réunions se multipliaient. Après un bilan neuropsychologique et un aménagement de son poste, elle a pu maintenir son emploi. Solution retenue : réduction du temps de travail, rappels numériques systématiques et priorisation stricte des tâches. Cela fonctionne.

La verbalisation aide considérablement la mémorisation. Répétez à voix haute ce que vous devez retenir. Reformulez les consignes que vous recevez. Cette technique engage plusieurs zones cérébrales simultanément et renforce l’ancrage de l’information. Les patients qui l’adoptent rapportent des améliorations significatives.

Conseil terrain

Dans les témoignages que j’ai recueillis, la stratégie la plus efficace n’est pas technologique : c’est d’accepter de faire une seule chose à la fois. Le multitâche, même léger, épuise la mémoire de travail des patients SEP bien plus vite que chez d’autres. Une tâche. Puis la suivante.

L’environnement de travail joue un rôle crucial. Réduisez les distractions visuelles et sonores autant que possible. Fermez les onglets inutiles sur votre ordinateur. Mettez votre téléphone en mode silencieux pendant les tâches exigeantes. Ces ajustements simples préservent votre réserve cognitive pour ce qui compte vraiment.

Quand et comment consulter un professionnel ?

Pourquoi attendre 18 à 24 mois avant de consulter alors qu’une prise en charge précoce donne de meilleurs résultats ? Cette question interpelle de nombreux patients. Le parcours type s’étale souvent sur cette durée : les difficultés apparaissent insidieusement (mois 0-6), sont d’abord attribuées au stress (mois 6-12), puis signalées au neurologue (mois 12-18), avant d’obtenir un bilan neuropsychologique avec un délai d’attente de 3 à 6 mois.

Le consensus 2025 de la SF-SEP recommande désormais un dépistage initial ainsi qu’un suivi annuel de tous les patients SEP. Ce dépistage passe par le Symbol Digit Modalities Test (SDMT), un test rapide de la vitesse de traitement de l’information. Si un ralentissement est détecté ou si vous exprimez une plainte cognitive, un bilan complet devient nécessaire.

Le bilan neuropsychologique : à quoi s’attendre ?

  • Durée : 1h30 à 3h selon les tests
  • Réalisé par un neuropsychologue (sur prescription neurologue)
  • Évalue mémoire, attention, fonctions exécutives, vitesse de traitement
  • Permet d’identifier les difficultés ET les points forts préservés
  • Débouche sur des recommandations personnalisées

La question du coût freine parfois les patients. Selon les informations tarifaires 2025 du bilan neuropsychologique, les tarifs varient entre 200 et 800€ en libéral. Ce bilan n’est pas remboursé par la CPAM en ville. Toutefois, il peut être pris en charge à 100% dans les centres médico-sociaux ou les services hospitaliers. Les délais d’attente y sont souvent plus longs — plusieurs mois selon les villes — mais l’accès reste gratuit.

Les professionnels à consulter en priorité sont votre neurologue traitant, qui peut orienter vers un neuropsychologue spécialisé. Certains services de neurologie proposent des consultations dédiées aux troubles cognitifs de la SEP. Les associations comme l’ARSEP ou France Sclérose en Plaques peuvent également vous orienter vers les ressources disponibles dans votre région.

La rééducation cognitive constitue une option thérapeutique pour certains patients. Elle vise à entraîner les fonctions altérées et à développer des stratégies compensatoires personnalisées. Son efficacité dépend de nombreux facteurs individuels. Impossible de généraliser, mais les retours sont souvent positifs lorsque la prise en charge est adaptée.

Limites et précautions


  • Ce contenu ne remplace pas une évaluation neuropsychologique personnalisée


  • L’intensité et l’évolution des troubles cognitifs varient considérablement d’une personne à l’autre


  • Les stratégies proposées sont générales et doivent être adaptées à votre situation avec un neurologue ou neuropsychologue spécialisé en SEP

La vraie question maintenant : avez-vous signalé vos difficultés cognitives à votre neurologue lors de votre dernière consultation ? Si la réponse est non, notez-le pour votre prochain rendez-vous. Ces symptômes invisibles méritent autant d’attention que les autres manifestations de la maladie. Votre qualité de vie en dépend.

Marc Delacroix, journaliste santé spécialisé en pathologies neurologiques depuis 2012. Il a réalisé plus de 150 reportages et interviews de patients atteints de sclérose en plaques, en collaboration avec des services hospitaliers de neurologie. Son expertise porte sur la vulgarisation des troubles cognitifs, l'accompagnement patient et les parcours de soins en neurologie. Il intervient régulièrement auprès d'associations de patients et contribue à des publications spécialisées.

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