Sophie DELMOTTE directrice adjointe
et
Laurence MANNIEZ, attachée de direction
du
Centre hospitalier d'Armentières (France)
« En décembre 2004, nous avons été contactés par la clinique Jan Yperman d'Ypres, située à 20 kilomètres d'ici, pour monter un projet Interreg qui devait être déposé 3 mois plus tard.
Pour nous c'était la grande inconnue : nous n'avions pas engagé de réflexion, mais l'idée de collaborer nous a plu. Si notre Smur se rendait de temps à autre en Belgique, nous n'avions connaissance que des difficultés de facturation, nous ne connaissions pas les acteurs de santé belges voisins.
Mais pour eux, nous n'étions pas du tout inconnus. D'abord parce que la clinique Yperman avait déjà une expérience de coopération transfrontalière en néphrologie avec Bailleul, où un médecin belge avait une consultation avancée pour la dialyse effectuée à Ypres. Ensuite parce que leur démarche vers nous était éclairée par une étude de marché. Mais ça nous l'avons su plus tard !
Concrètement, nous avons constitué le dossier avec difficultés, et nous n'avons pas trouvé beaucoup d'aide du côté français, il faut le dire. Là encore, les Belges sont bien mieux informés et organisés pour monter ce type de projet ! Malgré tout, nous avons déposé le projet Interreg ensemble et dans les délais.
Ce projet comporte 8 volets : c'est trop, nous le savons maintenant. Ce que nous voulons maintenant, c'est un vrai projet commun « gagnant-gagnant » qui concrétiserait la démarche Interreg.
Le grand atout de cette expérience, c'est que nous avons appris à comprendre leur vision, leur manière de réfléchir. Il a fallu un peu de temps, mais nous sommes parvenus à nous affirmer, à reprendre notre place. Ceci malgré la barrière de la langue. Car à la clinique Yperman néerlandophone, une partie du personnel et tous les documents sont bilingues...
Nous avons le sentiment que nos partenaires, sont vraiment européens, et ont plus intégré cette notion que nous. Ils ont 10 ans d'avance sur nous dans les mentalités, dans la dimension culturelle européenne et dans les outils de gestion ; le système de financement à l'activité est dans les acquis. La santé est un marché (sans tabou), ils recherchent les parts de marché à prendre. Ceci les rend très réactifs et attractifs... ils savent promouvoir leurs activités, n'ont pas les délais d'attente que nous connaissons en France et ont une grande rapidité de mise en œuvre des évolutions.
Nous sommes maintenant prêts à travailler ensemble, car de notre côté, même si c'est encore difficile de mobiliser nos équipes vers ce type de coopération, nous avons des idées de projets. Nous sommes à la fois amers et motivés... Amer car notre « naïveté » initiale a permis aux partenaires de nous emmener là où ils voulaient, et nous n'avons pas pu faire ce que nous avions projeté ensemble. Et nous restons motivés car cette expérience est très riche, très dynamisante. Désormais nous connaissons bien nos voisins frontaliers et avons identifié nos atouts qui tiennent la route. Nous ne pouvons pas continuer à méconnaître la stratégie transfrontalière et ne se centrer que sur des partenariats en France.
La frontière redevient perméable, ne serait-ce que parce que le néerlandais est à nouveau enseigné dans nos écoles primaires françaises...Tout ceci pourrait bientôt se traduire par des fuites de malades vers la Belgique, prête préparée à les accueillir. Nous devons réagir et passer la frontière ! »